Entretien avec Thomas Vierset : la mobilité évolue, les assurances aussi
La mobilité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Le succès croissant de nouveaux modes de déplacement entraîne dans son sillage la nécessité pour les entreprises d’assurances de s’adapter à cette nouvelle réalité.
Rencontre avec Thomas Vierset, conseiller Automobile, Assistance et Réassurance chez Assuralia.
Q : La mobilité douce a-t-elle changé le visage de l’assurance ?
R : Oui, la mobilité douce a transformé le secteur. On observe l’apparition de nouveaux produits d’assurance, comme l’assurance vélo, qui était quasi inexistante il y a encore quelques années. Aujourd’hui, elle cible notamment les vélos électriques et les modèles haut de gamme. Les offres incluent souvent l’assistance, la couverture contre le vol et les dégâts matériels.
On voit aussi émerger des assurances « mobilité » qui couvrent l’utilisateur, pour ses dommages corporels propres, quel que soit le mode de transport utilisé.
Le secteur de l’assurance suit de près ces évolutions et adapte ses offres, mais la législation et la sensibilisation doivent continuer à progresser pour garantir la sécurité et la protection de tous les usagers de la route.
Q : Les utilisateurs sont-ils bien informés sur ces nouvelles assurances ?
R : Pour les vélos, la popularité de l’assurance a beaucoup progressé, notamment avec la montée en puissance des vélos à assistance électrique, qui représentent aujourd’hui plus de 50 % des ventes. Cependant, pour les assurances couvrant les dommages corporels propres à l’utilisateur, la sensibilisation reste à faire. Beaucoup pensent être déjà suffisamment couverts par leur mutuelle ou assurance hospitalisation, alors que ces produits offrent une protection complémentaire.
Q : Quels sont les défis juridiques et techniques liés à ces nouveaux moyens de déplacement ?
R : Il existe encore des zones grises, notamment pour les trottinettes électriques et autres engins similaires. Par exemple, les véhicules ne dépassant pas 25 km/h et pesant moins de 25 kg sont exemptés de l’obligation d’assurance RC auto, mais la législation européenne n’a pas encore défini précisément toutes les catégories. Ainsi, est-ce que les petits scooters électriques pour les personnes à mobilité réduite doivent aussi bénéficier de cette exemption ? Ce n’est pas clair. Et ces incertitudes compliquent la tâche des assureurs pour déterminer les primes et les couvertures adaptées. De plus, l’achat en ligne de véhicules non conformes (par exemple, des trottinettes débridées) pose des problèmes de conformité et de sécurité.
Q : Quelles sont les propositions politiques récentes pour encadrer ces nouveaux usages ?
R : Si l’on évoque les trottinettes électriques, il y déjà eu plusieurs législations récentes, comme l’âge minimum pour rouler en trottinette électrique et l’interdiction de rouler avec un passager. Ce sont de bonnes décisions pour réduire le nombre d’accidents et de victimes, mais ce n’est pas vraiment toujours respecté car de nombreuses personnes, notamment les jeunes, ne connaissent pas ces nouvelles règles...
Plusieurs propositions de loi sont encore sur la table, notamment l’obligation d’immatriculer les trottinettes électriques conformes à la loi, c’est-à-dire ne dépassant pas les 25 km/h. Cela permettrait de réduire le nombre de trottinettes non conformes, et d’identifier celles encore en circulation puisqu’elles ne pourront pas être immatriculées. Une plaque d’immatriculation pourrait peut-être aussi permettre d’identifier plus facilement le conducteur en cas d’accident.
Une autre idée en discussion serait d’imposer une RC Auto pour l’utilisation des trottinettes électriques. Cependant, le secteur de l’assurance estime que le système actuel fonctionne bien depuis 2019, avec une couverture via la RC familiale, et qu’une obligation supplémentaire risquerait de complexifier inutilement la situation. Et puis, on peut aussi légitimement se poser la question de savoir pourquoi imposer une RC Auto aux trottinettes électriques et pas à d’autres moyens de transport, comme un hoverboard par exemple.
Nous restons donc toujours attentifs pour conseiller au mieux les décideurs sur les conséquences des mesures envisagées.
Q : Quelles évolutions attendre pour l’avenir du secteur ?
R : Le marché de l’assurance va continuer à évoluer avec la mobilité douce. On peut s’attendre à une augmentation des contrats B2B (entreprises fournissant des services de mobilité à leurs employés) et à une adaptation continue des produits d’assurance pour répondre à la diversité des usages.
Q : L’arrivée annoncée des véhicules autonomes pousse-t-elle les assureurs à se préparer ?
R : Je pense que c’est un sujet d’attention, certainement, et ils suivent de près le sujet. Aujourd’hui, on est plus dans un aspect réglementaire : il s’agit de voir dans quelle mesure le code de la route et la réglementation technique des véhicules doivent être adaptés pour ces véhicules. En termes d’assurance, pour l’instant, nous pensons que cela ne changera pas grand-chose dans un premier temps. La cohabitation entre véhicules avec et sans conducteur va durer assez longtemps, et c’est un sujet de réflexion qui amènera une mutation du marché. Il est possible que ces véhicules ne soient plus possédés par des particuliers mais par des entreprises, et que l’on réserve sa course en véhicule autonome. Le marché va changer, mais à quelle vitesse ? C’est difficile à prédire.
Q : Qu’en est-il de la responsabilité en cas d’accident impliquant un véhicule autonome ?
R : Notre arsenal juridique est déjà bien étoffé. Par exemple, l’indemnisation des dommages corporels des usagers faibles même en dehors de toute faute du véhicule est déjà une réalité. L’assureur RC auto intervient également en cas de dommage provoqué par un véhicule en stationnement et donc sans présence d’un conducteur. Il y aura peut-être des cas de recours exercés à l’égard des constructeurs mais ils n’auront lieu qu’après l’indemnisation des victimes.
Q : Existe-t-il d’autres modes de recours ?
R : Oui, on pense aussi à tout ce qui est produit défectueux : c’est un système qui existe déjà et dont la directive est en cours de modification. À l’avenir, elle pourrait peut-être servir de base pour exercer un recours contre un constructeur en cas de problèmes avec ses véhicules autonomes.
Nous vous invitons par ailleurs également à consulter les résultats de notre étude sur les accidents liés à la mobilité douce.
👉 À découvrir ici.