Chaque année, la fraude coûte au secteur belge de l’assurance des centaines de millions d’euros, et ce sont les assurés honnêtes qui en font les frais. En outre, les fraudeurs font preuve de plus en plus d’inventivité. Les assureurs ne restent pas pour autant les bras croisés. Ils vont intensifier la lutte contre la fraude organisée et lancer en février une initiative sectorielle d’envergure : la création d’une banque de données sinistres.

L'impact économique de la fraude à l’assurance est énorme. Assuralia estime que la fraude en assurance automobile représente 120 à 240 millions d’euros par an. Ce sont les assurés honnêtes qui en font les frais. A cause de tricheurs, le consommateur paie pour son assurance automobile 3 à 6% de plus que nécessaire.

Bien que chaque entreprise d'assurances dispose d'un service de lutte contre la fraude, seule une partie de la fraude est effectivement prouvée. La fraude occasionnelle est régulièrement détectée, mais la fraude organisée, dans le cadre de laquelle des criminels tentent d’escroquer parfois plusieurs assureurs en même temps, est plus difficile à identifier.

C’est précisément pour lutter contre cette fraude organisée par des bandes criminelles qu’Assuralia a développé conjointement avec Alfa Belgium, l’association de lutte contre la fraude à l’assurance, un nouvel outil : la banque de données sinistres. Celle-ci doit aider les services antifraude des entreprises à détecter plus efficacement la fraude et ensuite à la sanctionner. Dans la nouvelle banque de données, les assureurs croiseront des informations (cryptées) sur les sinistres qu’ils sont appelés à régler. Seule l’assurance automobile est pour le moment concernée, mais à terme, la plateforme pourra être étendue à d’autres assurances de dommages.

La majorité des entreprises d’assurances participeront d’emblée au projet, d’autres le rejoindront dans le courant de l’année. Ensemble, elles représenteront environ 90 % du marché. Ainsi, pratiquement chaque accident de la circulation sera enregistré dans la banque de données. 

La banque de données sinistres d’Alfa Belgium emboîte le pas aux Pays-Bas, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, la Pologne et la Suisse. Ces pays ont déjà mis en place une banque de données similaire - avec un résultat probant - pour détecter la fraude organisée.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Chaque assureur auto introduira toutes les semaines dans la banque de données sinistres un certain nombre de données émanant de dossiers de sinistre nouveaux ou en cours. Ces données seront croisées avec les données introduites par d’autres entreprises. L'assureur recevra en retour une liste d’indices, ce qu’on appelle des « hits ». Lorsque des données saisies reviendront à plusieurs reprises dans des sinistres déclarés auprès d’autres assureurs, le système le signalera. Le service antifraude de l’entreprise pourra ensuite décider, sur la base des signaux générés par la banque de données et d’autres éléments du dossier de sinistre, d’examiner d’une manière plus approfondie un accident déterminé.

La banque de données sinistres opérera dans le respect de toutes les règles en matière de protection de la vie privée (RGPD). Cet aspect important a été minutieusement préparé et développé en collaboration avec les Data Protection Officers (DPO) des entreprises concernées.

Lorsque vous déclarez un accident, seuls votre propre assureur et l’assureur de la partie adverse en sont informés. A cet égard, rien ne changera. Toutefois, si votre nom, votre véhicule ou votre plaque d’immatriculation apparaît à plusieurs reprises dans le fichier de données, l’assureur concerné pourrait engager une enquête. 

Un exemple typique de fraude organisée

En 2019, cinq assureurs avaient été victimes d'une fraude organisée, commise au moyen de sinistres intentionnels. Cette fraude concernait aussi bien l’assurance RC obligatoire que l’assurance omnium. Pas moins de vingt dossiers de sinistres faisant intervenir des pratiques frauduleuses avaient été ouverts. Les demandes d’indemnisation portaient sur des montants compris entre 2.000 et 7.000 euros. Trois personnes revenaient chaque fois dans ces dossiers de sinistres. Fait marquant : les victimes faisaient chaque fois appel au même réparateur automobile. Le parquet a été saisi de l’affaire.

Hein Lannoy, ceo d’Assuralia :

« Avec la banque de données sinistres, les assureurs ont les fraudeurs professionnels dans le collimateur. Les bandes spécialisées dans la criminalité automobile font preuve d’une créativité toujours plus importante. Souvent, plusieurs assureurs sont la victime des mêmes auteurs. La plus grande victime est en fin de compte le consommateur honnête. C’est la raison pour laquelle il est de notre devoir sociétal de nous attaquer à la fraude organisée. Si nous ne voulons pas perdre la bataille contre ces criminels, il est grand temps de passer à la vitesse supérieure. La banque de données sinistres doit nous y aider ». 

Dirk Vandenschrick, ceo de Belfius Assurances et président de la Commission Fraude d’Assuralia :

« Le projet a été précédé d’une préparation longue de plusieurs années, que ce soit en termes de protection des données et des installations ou de conformité aux règles en matière de protection de la vie privée (GDPR). Toutes les données sont cryptées, autrement dit, elles seront enregistrées dans la banque de données et en seront extraites de manière anonyme. Personne ne pourra aller fouiner dans la banque de données. Nous avons bon espoir que le système mis en place offrira de bons résultats, ce qui est une excellente nouvelle, aussi bien pour les assureurs que les assurés. »

Assuralia et Alfa Belgium ont réalisé une vidéo sur la fraude à l’assurance.  Pour la visionner, cliquez ici.

Vous trouverez la présentation ici.

Pour plus d'informations, veuillez consulter www.alfa-belgium.be     

Le 25 janvier 2021