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L'assurance de groupe : un tour d'horizon au niveau du secteur

Pourquoi les pensions complémentaires sont-elles nécessaires ?

Un travailleur salarié belge ayant accompli une carrière professionnelle complète conserve en moyenne près de 43,50 % de son dernier salaire comme pension légale. Il s'agit là d'un sérieux recul sur le plan financier.

Tant le vieillissement de la population que la situation budgétaire font qu'il est impossible pour les autorités publiques de continuer à financer une pension légale à part entière par le biais exclusif du système de répartition (les actifs payant pour les retraités).

Les pensions complémentaires – constituées par le biais de l'employeur ou sur une base individuelle au moyen de l'épargne-pension ou de l'épargne à long terme – sont dès lors nécessaires afin que chaque citoyen puisse maintenir son niveau de vie après son départ à la retraite.

Ces pensions complémentaires sont constituées par capitalisation auprès d'un organisme de pension tel qu'un assureur, ce qui offre les avantages suivants :

  • la combinaison de la répartition (pension légale) et de la capitalisation (pension complémentaire) offre l'avantage d'une diversification, ce qui permet de combiner les effets positifs de ces deux systèmes ;

  • les assureurs sont soumis à une réglementation stricte qui veille à une sécurité et une protection optimales des droits de pension, et ce tant pour l'employeur que pour le travailleur affilié.

Les employeurs doivent sous-traiter la gestion de leurs plans de pension complémentaire à un assureur de groupe ou à une IRP (institution de retraite professionnelle, ci-après appelée fonds de pension). Chez un assureur de groupe, les employeurs ou les partenaires sociaux ont le choix entre une assurance de la branche 21, une assurance de la branche 23 ou une combinaison des deux :

  • dans le cas d'une assurance de groupe de la branche 21, l'assureur garantit la mise initiale ainsi qu'un rendement sur cette mise, lequel peut encore être augmenté d'une participation bénéficiaire non garantie ;

  • s'agissant d'une assurance de groupe de la branche 23, le rendement évolue en fonction des placements sous-jacents, et ce rendement peut être aussi bien positif que négatif.  Une assurance de groupe de la branche 23 est comparable aux plans de pension qui sont placés auprès d'un fonds de pension.

Outre la constitution d'une pension complémentaire, les assureurs de groupe offrent généralement aussi la possibilité de prévoir des garanties complémentaires, par exemple en cas de décès ou d'incapacité de travail. 

Dans la suite, vous trouverez de plus amples informations sur l'assurance de groupe branche 21 et branche 23, les frais imputés par les assureurs de groupe et les mécanismes de protection spécifiques pour l'assurance de groupe.

 

 

                L’assurance de groupe avec rendement garanti (branche 21)

Pourquoi la plupart des employeurs optent-ils pour cette assurance ?

La protection et la certitude revêtent une importance essentielle dans la constitution de pensions complémentaires. Les travailleurs et les employeurs comptent sur le fait que les engagements de pension seront honorés à 100 %. C'est ce qui explique la préférence marquée pour les solutions de pension avec une obligation de résultat, à savoir l'assurance de groupe de la branche 21. Le fait que la Belgique soit un pays de PME renforce encore cette prédilection. En effet, les PME souhaitent éviter autant que possible les risques financiers et les charges administratives.

Les données chiffrées suivantes confirment l'importance de l'assurance de groupe en tant qu'instrument de constitution d'une pension complémentaire :

  • 75 % des travailleurs qui constituent aujourd'hui une pension complémentaire par l'entremise de leur employeur ou de leur secteur disposent de réserves acquises auprès d’une entreprise d’assurances ;

  • 99 % des plans d'entreprise et 2/3 des plans sectoriels sont placés auprès d'un assureur de groupe ; 

  • 73 % des 80 milliards d’euros de réserves acquises des travailleurs salariés sont gérés par un assureur de groupe. Les assureurs de groupe gèrent pas moins de 92 % de leurs réserves par le biais de la branche 21.

Comment travaillent les assureurs branche 21 ?

Dans le cadre d’une assurance branche 21, l'assureur garantit la protection du capital mais aussi un rendement sur les versements. La certitude que demandent les employeurs et les travailleurs ne peut être obtenue qu'en investissant la plus grande part des primes dans des placements à long terme de qualité et sûrs. C'est ce qui explique la raison pour laquelle les assureurs investissent tellement dans des obligations. C'est uniquement de cette manière que les garanties de rendement peuvent être respectées à tout moment. Le fait qu'il ne s'agisse pas d'une promesse en l'air a pu être constaté lors des diverses crises financières : par le passé ou récemment encore, lorsque tous les marchés financiers se sont effondrés, les assureurs ont toujours continué à honorer leurs rendements garantis.

La mission de l'assureur consiste en outre à composer un portefeuille de placements dont les revenus coïncident autant possible avec les prestations attendues. Un tel cash flow matching assure une adéquation optimale entre la durée d'investissement et les obligations de l'assureur afin d'obtenir un rendement garanti aussi élevé que possible pour l'affilié.

Dans quoi les assureurs branche 21 investissent-ils précisément ?

Il est important qu'un assureur sur la vie aligne son portefeuillede placements sur les engagements qu'il a contractés. Pour des assurances de la branche 21, il doit donc faire en sorte que les garanties de rendement soient toujours respectées. Ceci explique pourquoi une part considérable de ce portefeuille est composée d’obligations. Ces titres à revenu fixe génèrent en effet un rendement fixe et certain pendant une période donnée qui n'est pas sujet aux fluctuations boursières.

L'importance des obligations pour un assureur est illustrée par le graphique ci-dessous qui présente la composition du portefeuille de placements des assureurs sur la vie belges fin 2023. Il s'agit à cet égard des placements concernant les assurances-vie groupe et individuelles confondues de la branche 21.

La loi relative au statut et au contrôle des entreprises d'assurance ou de réassurance du 13 mars 2016 (la loi dite Solvabilité II) impose en effet que les placements relatifs aux assurances de groupe et individuelles soient gérés ensemble. De cette manière, l'assureur bénéficie d'économies d'échelle et de plus de possibilités de diversification, ce qui devrait profiter au rendement.

Graphique : portefeuille de placements assurances sur la vie branche 21

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Outre la sécurité que ces placements offrent au travailleur, les assureurs soutiennent par leurs placements également l'État et l'économie dans une mesure importante. Il est estimé que, fin 2024, les assureurs vie branche 21 avaient investi au total 172,1 milliards d'euros (montant en valeur de marché). Ce faisant,

  • le secteur met 55,1 milliards d'euros en capital à la disposition des entreprises (par le biais d'actions, d'obligations d'entreprises et de participations),

  • il investit 36,1 milliards d'euros dans le secteur de la construction (par le biais de prêts hypothécaires et de l'immobilier), et

  • les assureurs participent pour 35,4 milliards d'euros dans la dette publique belge, ce qui profite indirectement, par des investissements des autorités publiques dans des infrastructures, des écoles, etc., à la société et à l'économie.

La répartition des placements d'un assureur entre différents pays, secteurs, produits de placement, etc. expose moins l'assureur à d'éventuelles turbulences sur les marchés financiers.

Quel rendement les assureurs branche 21 garantissent-ils ?

Il existe différentes interprétations de la notion de « rendement », ce qui ne rend pas toujours judicieuse une comparaison de rendements. Ce qui intéresse réellement un travailleur, c'est le rendement sur ses réserves de pension. C'est en effet le rendement qu'il recevra effectivement. Le rendement garanti par une assurance de groupe de la branche 21 y correspond. Outre la protection de la mise (les contributions versées), ce produit de pension garantit un rendement déterminé sur les réserves de pension constituées. Ce rendement garanti peut encore être augmenté chaque année d'une participation bénéficiaire (non garantie) en fonction des résultats de l'assureur.

Dans les lignes qui suivent, une distinction est faite entre le rendement garanti et le rendement total (= rendement garanti + participation bénéficiaire). L'inflation n'est pas prise en considération.

Graphique : rendement garanti moyen des assurances de groupe branche 21

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La réglementation sur l'assurance oblige les assureurs de groupe à adapter le rendement garanti sur les nouveaux versements aux conditions du marché en vigueur au moment considéré (p. ex. le taux fixe des OLO d’État). L'évolution des rendements des obligations à 10 ans émises par l'État belge, telle que représentée dans le graphique ci-dessus (ligne verte), illustre la forte tendance à la baisse de ces taux d'intérêt entre 2013 et 2021, jusqu’à atteindre des taux même négatifs en 2021. Depuis lors, un revirement clair est toutefois visible et les taux d’intérêt des OLO présentent à nouveau une tendance à la hausse.

Cet environnement modifié se reflète également dans les conditions de rendement que les assureurs de groupe peuvent garantir sur les nouveaux versements, qui étaient à la baisse jusqu’en 2021 mais remontent depuis lors. 

Cela ne porte pas atteinte au fait que des rendements garantis plus élevés continuent de s’appliquer aux versements antérieurs jusqu’à l’âge de la pension, souvent pour une durée résiduelle de 30 à 40 ans. Ces réserves historiques, qui génèrent encore un rendement sur la base de taux compris entre 3,25 % et 4,75 %, continuent de bénéficier de ces garanties plus élevées, soutenues par des placements contractés par le passé. Comme l’illustre le graphique (ligne bleue), le rendement garanti moyen octroyé aujourd'hui par les assureurs de groupe sur l’ensemble des réserves s’élève à environ 2 % (chiffres 2023).

En fonction des résultats des placements sous-jacents, ce rendement garanti peut en outre être complété d'une participation bénéficiaire, avec pour conséquence que le rendement total effectivement réalisé peut être plus élevé dans la pratique..

Graphique : rendement total moyen des assurances de groupe de la branche 21

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Au cours de ces 10 dernières années, un rendement annuel moyen de quelque 3 % a été attribué. En 2023, les assureurs de groupe garantissent en moyenne un rendement de quelque 2,50 % (participation bénéficiaire incluse) sur le total de leurs réserves de pension. 

Une évaluation correcte du rendement ne peut en outre pas être dissociée du risque qui y est lié. Les rendements cités ci-dessus (à l'exception de la participation bénéficiaire) sont en effet des rendements garantis, sûrs à 100 %.

L’assurance de groupe sans rendement garanti (branche 23)

Comment fonctionnent les assurances de groupe de la branche 23 ?

Les employeurs et les travailleurs qui le souhaitent peuvent aujourd'hui déjà opter pour un placement de leurs contributions de pension sans que l'assureur ne contracte une obligation de résultat, dans l'espoir de réaliser de cette manière un rendement supérieur. Pour ce faire, ils peuvent recourir à une assurance de groupe de la branche 23. Pour ces produits de pension, l'assureur de groupe ne donne aucune garantie de rendement, et l'employeur ou les affiliés supporte(nt), en fonction des caractéristiques du plan de pension, lui (eux)-même(s) le risque de placement. Le rendement obtenu sur les réserves des affiliés est soumis aux fluctuations boursières et peut donc varier à la hausse, mais aussi à la baisse. Bien que de telles assurances fonctionnent de la même façon que les fonds de pension, les employeurs peuvent, dans le cas d'une assurance de groupe de la branche 23, bénéficier généralement aussi de quelques atouts supplémentaires tels que le service de l'assureur (cf. infra) ou la couverture d'autres risques tels que le décès ou l'invalidité.

Les assurances de groupe de la branche 23 dans la pratique ?

La taille du portefeuille branche 23 est aujourd'hui beaucoup moins importante que celle du portefeuille branche 21. Fin 2024, la part des assurances de groupe de la branche 23 atteignait quelque 8 % du total des réserves de pension gérées par les assureurs. Bien que la part de la branche 23 soit à l’heure actuelle toujours bien plus petite que celle de la branche 21, elle est toutefois en hausse ces dernières années. Ainsi, 12 % des primes sont actuellement déjà versées dans la branche 23. 

Quels rendements les assurances de groupe de la branche 23 ont-elles obtenus ?

Le graphique suivant indique les rendements que les assurances de groupe de la branche 23 ont enregistrés au cours de la période 2013-2023. Les rendements d'une assurance de groupe de la branche 23 dépendent des rendements du fonds d'investissement qui est lié à l'assurance de groupe. 

Graphique : rendement moyen des assurances de groupe de la branche 23

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On constate que ces rendements sont sujets aux fluctuations sur les marchés financiers. Des rendements négatifs ne sont pas non plus exclus durant les années de crise (p. ex. 2018 et 2022). Il n'est pas possible d'estimer à l'avance ce que les primes rapporteront à l'âge de la retraite. Les affiliés conservent toutefois le droit à la garantie légale de rendement minimum qui s'élève aujourd'hui à 2,50 %. L'employeur doit apurer les éventuelles insuffisances au regard de cette garantie minimale lors du paiement d’une prestation ou d'un transfert de réserve.

Les rendements des assurances de groupe de la branche 23 se situent dans la lignée des rendements moyens communiqués pour les fonds de pension.

                 Quels sont les frais imputés par les assureurs de groupe ?

Un assureur de groupe impute des frais pour la gestion de l'assurance de groupe. Ces frais sont fonction du service demandé par le client et des caractéristiques du plan de pension. Un assureur de groupe propose dans la plupart des cas une formule « all in » par laquelle l'employeur est déchargé entièrement de ses tâches liées à l'engagement de pension. Il s'agit entre autres d'un support sur le plan juridique, actuariel et comptable, dont :

  • l'établissement du règlement de pension et des fiches de pension ;
  • le calcul des droits de pension et la simulation des conséquences d'une interruption de l'activité professionnelle pour le plan de pension ;
  • le suivi et la mise en œuvre d'une nouvelle réglementation sur les pensions complémentaires ;
  • les reportings au superviseur ;
  • les déclarations à la banque de données pensions complémentaires de Sigedis ; 

Il est cependant possible qu'un organisme de pension ne prenne à son compte qu'une partie de ces tâches et que l'employeur ou un tiers s'occupe lui-même du reste des tâches. Cela aura une incidence sur les frais imputés par l'organisme de pension. Dans ce cas, certains frais feront toutefois l'objet d'une facturation distincte en dehors de l'organisme de pension et devront être pris en compte afin de connaître le coût total. Ainsi que nous l'avons déjà indiqué ci-avant, ce n'est en règle générale pas le cas avec les assurances de groupe pour lesquelles tous les frais sont intégrés dans le tarif de l'assurance.

Notons enfin que le niveau des frais ne constitue pas forcément un indicateur du fonctionnement de l'organisme de pension. Les organismes de pension appliquant des frais plus élevés ne sont pas nécessairement moins efficaces ou rentables que leurs concurrents dont les frais sont moins élevés, et vice versa.

Les aspects développés ci-dessus montrent qu'il est important de relativiser les frais. Pour une comparaison éventuelle, il ne faut pas perdre de vue le service de l'organisme de pension ni les risques financiers pour l'employeur et l'affilié. 

                Dans quelle mesure l'assurance de groupe est-elle sûre ?

Divers mécanismes de protection sont d'application pour préserver les pensions complémentaires des affiliés à une assurance de groupe (branche 21 ou branche 23). 

Couverture à 100 % de l’ensemble des obligations

La valeur du portefeuille de placements de l'assureur doit être à tout moment au moins égale à ses obligations vis-à-vis des affiliés. Les placements se rapportant aux assurances de la branche 21 doivent par conséquent être gérés de manière distincte des portefeuilles de placements concernant les assurances de la branche 23 ou les assurances non-vie. Les pertes éventuelles sur un tel portefeuille de placements ne peuvent pas être compensées par les gains réalisés sur un autre portefeuille.

Un matelas de fonds propres considérable comme sécurité supplémentaire

En plus de la valeur minimum du portefeuille de placements (100 % de couverture), les assureurs sont tenus, plus particulièrement pour les assurances de la branche 21, de constituer un matelas supplémentaire de fonds propres devant permettre d'amortir d'éventuelles pertes financières exceptionnelles et imprévues. Ces exigences en fonds propres sont adaptées au profil de risque de chaque assureur considéré individuellement et tiennent compte entre autres des garanties de rendement qu'il offre à ses clients, de la composition de son portefeuille de placements et des perspectives attendues. Ces règles doivent faire en sorte que l'assureur soit en mesure de continuer à honorer à tout moment l'ensemble de ses obligations à l'égard des preneurs d'assurance.

2016 a vu en outre l'entrée en application d'exigences de solvabilité encore plus strictes (Solvabilité II) qui apportent encore plus de sécurité quant au respect de toutes les obligations en toute circonstance.

Le rapport annuel 2024 de la Banque nationale de Belgique qui exerce la surveillance des entreprises d'assurances indique à cet égard que le ratio de solvabilité du marché s'établit à 208 %. Cela signifie que le matelas de fonds propres des assureurs représente en moyenne plus du double du minimum requis par la loi.

Une créance privilégiée

Les assurés et les bénéficiaires disposent d’une créance privilégiée sur les actifs de placement sous-jacents. Cela signifie qu'en cas de faillite de l’assureur, ils pourront prétendre à la valeur de ces actifs avant tous les autres créanciers (dont le fisc et les organismes de sécurité sociale).

Diverses exigences de contrôle

Les assureurs sont tenus de mettre en place tant des procédures de contrôle interne que des procédures de contrôle externe et de s'y conformer. À cet égard, un schéma de rapport périodique sur la solvabilité à la Banque nationale de Belgique est prévu. Le cas échéant, le superviseur interviendra et prendra des mesures pour redresser la position de solvabilité de l'assureur.

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